29 août 2006

M'y voici, tovorichtch!

Zdrasdvuytye!(Eh oui, on passe gentiment au russe)

La voila enfin l Asie Centrale, celle dont on entend parler dans les journaux.Meme si pour moi, l Asie Centrale, la vraie, je viens de la quitter.C etait celle des turbans de 10 metres, des coupoles bleues ou tourbillonent les zikr des souffis en transe, des monuments historiques inestimables que personne ou presque ne va jamais voir, perdu dans des fiefs talibans ou des montagnes habitees de transhumants...Et de tellement d autre chose.Bref c etait l Afghanistan.

Alors comment appeller les contrees qui remplissent mon horizon depuis que j ai passe l Oxus(l Amou-darya) il y a quattre jours?
C est d abord l'(ex-)U.R.S.S.(oui, j hesite a mettre le "ex-").Ensuite alors, par deffaut, on appellera ca aussi Asie centrale, mais on gardera a l esprit que la slavitude y a construit autant qu efface, avec une efficacite sans detour, et que ca se voit.
Ne croyez pas que je me plains de l heritage sovietique, une fois que j aurai digere les mille "registratsia" et autres permis speciaux qui chacun coute de nombreux dollars(Ah, ces pays qui ne font pas confiance a leur monnaie!), je profiterai alors pleinement de mes nouvelles libertes (Ca fait quand meme plaisir de pouvoir parler au sexe oppose sans avoir a craindre qu un grand frere vienne vous liquider).

Si je n avais pas ete clair, je suis a Doushambe, Tadjikistan.Drole de pays.Chaque chose m est vaguement familiere mais leur agencement me parait incongru:Les gens parlent la langue de l Iran en vivant comme des Russes, toutes les femmes sont habillees comme des paysannes Bosniaques et les hommes ont des petits chapeaux carres...ceci au milieu de blocs tous identiques(Je suis dans le Blok 102... et vous?); entre deux voies d autoroute on fauche a la serpe ce qui fait diablement penser a un bout de cocagne macedonienne...
Et les tetes des gens!Il y a de tout, et tous les melanges possibles.On distingue des traits altaiques par-la, slaves par-ici, ougriens de ce cote,... et finalement on ne cherche plus parce que c est impossible de savoir.Cette contree est un carrefour de peuple depuis des milliers d annees, et ils y ont tous laisse un paquet de chromosome.Allez-y pour les dissequer a vue!Moi j ai abandonne, je me contente d observer.

Bientot de nouvelles anecdotes centrasiatico-sovietiques, que j essayerai de develloper en parallele du post sur l Afghanistan que j ai a peine entamme(il y a encore tellement a dire sur cette partie du voyage...parfois j ai envie de garder tout ce que je n ai pas encore raconte sur l Afghanistan pour moi)

Salutations socialistes

Adrien

17 août 2006

bien a vous, d Afghanistan



Bismillah-irahman-irahim!


Encore une fois,je suis a Kaboul.En Afghanistan toutes les routes menent a Kaboul,et seulement a Kaboul.

Il va donc falloir que je vous detaille mes peripeties?Soit.C est parti!

L Afghanistan n est pas seulement la voie la plus courte du Pakistan a l Asie Centrale ex-sovietique(les "-stan"),c est surtout un pays qui me faisait rever depuis longtemps.
Dans les Chagai hills(le train baloutch, vous vous souvenez?),vers Quetta,au bout de la vallee de Chapursan qui mene aux confins du Wakhan tout comme Yarkhun et les vallees Kalasha qui rejoignent les monts du Nouristan,je m etais approche de tres,tres pres.Apres avoir flirte avec la frontiere cote Pakistanais,il fallait que j y entre pour de bon!

Alors apres la fournaise de Peshawar(48 degres), j attaquai enfin le fameux Khyber pass.Le jour precedent, j avais obtenu en deux heures et pour peu d argent mon visa afghan...enfin un visa facile a obtenir!Vraiment facile.
En revanche, personne ne m avais indique qu il fallait un permis special pour traverser la zone tribale qui se trouve entre Peshawar et la frontiere.Je l ai appris au dernier moment,et je me suis dit, Y'allah kheyr, je vais le tenter sans permis, c est pas un bout de papier qui protege dans ces coins-la!

Le lendemain, un peu tendu je l avoue, j ai pris un minibus pouilleux de Karkhano,le bazar des trafiquants.Les bus pour la frontiere partent seulement d ici.Apres une attente intenable, le chauffeur a demarre, et j ai franchi le premier obstacle:la frontiere des zones tribales,qui commence immediatement apres Karkhano.Personne n avait capte mon origine non-pashtun et/ou non-afghane.Il y avait encore une heure a tirer jusqu a la frontiere.
Les maisons ici deviennent des forteresses:Une enceinte en pise de 5metres de haut,en quadrilatere,avec un mirador a chaque coin... tout ca pour ne pas qu on voit les femmes?Siderant! Et aussi parce que les Pashtun sont des guerriers,et un guerrier vit dans une forteresse.Logique,non?Enfin,c est ma theorie.Si vous en doutez,allez leur demander.
Le Khyber ca n est pas un col a proprement parler,mais plutot une longue montee en colimacon.Une voie de chemin de fer des plus saugrenues joue a cache-cache avec la route en passant a travers un nombre incalculable de tres courts tunnels,ou sur des ponts en pierre seche.
On traverse Landi Kotal et son bazar bourdonnant et plus magouilleur que tous.Ici la seule loi c est le pashtunwali!!!Et aucun pays,aucun gouvernement ne le conteste.
Et puis la voila,la frontiere:un replat(cense etre le col,peut-etre),et un pont.Le pont,c est la frontiere!Des familles entieres avec des ballots gonfles comme des baudruches, des sacs de riz remplis de tout sauf de riz,sur des charriots a roulettes,des troupaux de chevres,des floppees de coitrons a peine surveilles par des burqas anonymes et bien impuissantes,plus occupees a faire avancer un ane teigneux charge de couvertures pendant que leur barbu de mari serre des mains... tout cela passe dans la confusion la plus totale.

Suis alle montrer ma face a la douane pakistanaise,qui m a demande ou etaient mes gardes armes, mon taxi prive et mon permis, j ai dis nichta,mon oncle.Ils ont voulu me faire retourner a Peshawar,"for my safety",prendre tout cet attirail qu ils me reclamaient.Et puis, au bout d un moment, ils se sont resignes.J ai passe le pont,trouve la douane afghane qui etait bien cachee, dit bonjour a Massoud qui toisait le bidasse qui a paraphe mon visa...
J etais arrive en Afghanistan!


1.Kaboul

"Lorsque le voyageur atteint Kaboul,[...]il se flatte d etre arrive au bout du monde.En realite, il vient d en atteindre le centre."N.Bouvier
C est vrai.
Kaboul,ce fut d abord pour moi un des bazar les plus vibrants que j ai vu.Imaginez:une foule compacte comme jamais,sans arret on cogne des turbans ou s encouble dans les drappes d un voisin.Des marchands du Khorassan au Badakhdhan,du Pendjab a la Bactriane, du Ghorband a l Arachosie, en passant par le Hazarajat et le Registan,viennent jusqu ici.
On y achete et vend avec frenesie, des cereales,des clous, des tetes de chevres, du toc chinois, des jus de fruits iraniens, des tapis bleus, des epices, du naswar, des couteaux US, des abricots frais, des racines de noyer, des perches en bambou, des couvertures pashtun, des turbans d Herat et des burqas du Wardak, des casseroles enormes, des images de stars bollywoodienes, de la farine russe, des recipients en pneu usage, des toques en astrakhan turkmene, des poules pretes a etre saignees, des chaussures en plastic du Pakistan, des pasteques demesurees,et mille et mille autre chose.
Le Sud et l Ouest dela ville sont lamines par les 25 annees de guerre civile,tandis que Shahr-e-nau(la ville nouvelle),pas grande mais proche du quartier des ambassades,se transforme continuellement.J ai fait 4 sejours a Kaboul, et j ai vu des changements nets a chaque fois au sud du Park-shahr-e-nau.En l espace de deux mois, 4 ou 5 centre commerciaux a l amerloque se sont eriges,des restos ont ouverts, des restos ont ferme, le nombre de distributeurs automatiques a quadruple,et ca ne s arrete pas!Vous appelez ca "du devellopement"?C est tout le contraire!Il y a un afflux de richesses qui profite a une extreme minorite, dont un tres grands pourcentage d expatries,alors que tout le reste des habitants se demene au quotidien.Le devellopement, ce serait de palier l enorme carrence en eau a laquelle la ville fait face depuis qu elle a gonfle de plusieurs millions d habitants, ou mettre a la retraite les chefs de guerre demi-dieux qui gangrenent le pays... mais c est trop difficile, alors "on" se contente de brasser de l air, de la paperasse, des projets " de reconstruction" bidons, et "on" va ramasser l argent de Bruxelles et New-York pour le depenser dans les Mall de shahr-e-nau.

Qnad je dis "on", je pense en particulier au "Monde des expat'".A Kaboul il y a deux monde parralelles, qui se cotoient toujours, parfois avec des frottements, mais jamais ne se voient.
Le monde des Afghans, d abord, essentiellement des ruraux urbanises.
Le monde des expat' ensuite, ONU, ISAF, O.N.G.(il y en a environ 3000), entreprises etrangeres...

Un mur opaque les separent, pourtant ils vivent l un a cote de l autre.L avantage, lorsqu on est voyageur comme moi, c est qu on peut passer de l un a l autre a son gre. ...meme si on finit toujours par etre degoute du monde des expat'.

Je suis monte dans une jeep d Oxfam(ong us)-comment j en suis arrive la serait long a expliquer-,voila le topo:Une 4x4 blanche avec une antenne de 3 metres de long, des que l on est a l interieur les portes sont cadenasse automatiquement et le chauffeur bloque les vitres.Si un membre de l ONG veut aller au resto ou meme simplement acheter des cigarettes au coin de la rue, il doit demander la permission a trois types differents, et ca n est pas sur qu il recoive l autorisation!D ailleurs,dans la plupart des 3000 ONG, ainsi qu a l ONU etcaetera, il est formellement interdit de parler avec un Afghan.On m en dira des nouvelles, de l amitie entre les peuples par l humanitaire et blablablabla.ONG,ou comment creer des murs:en beton,psychologiques,ethniques et entre classes!!!!

Heureusement il y a quelques exceptions,expres pour confirmer la regle.Comme MADERA, cree par un Pyreneen genial qui a passe ces 22 dernieres annees en Afghanistan, traverse tous les regimes et toutes les sales annees,et qui plus est dans un coin pas facile:La province de Kunar et du Nouristan( entre autre), d ou le djihad est parti et ou la guerre depuis lors ne s est jamais terminee.Il connait pas mal de commandants moudjahidin, de tous bords et finalement peu importe le parti ou la fraction, pour lui se sont des hommes, des chefs de tribu accessoirement, et ce sont ceux avec qui il doit travailler(ameliorer l elevage des chevres, la culture du topinambour ou la sauvegarde des dernieres forets de cedres du pays, par ex.) Mais ce qui m attache a lui, ce sont surtout les geniales digressions dans lesquelles il s emporte volontiers, sur le traffic des arbabs de Djibouti ou les origines sogdiennes de la Bactrianne, la colonisation du Khwarezm ou les razias turkmenes sur les campements de Kurdes nomades du Khorassan.


2.Ghazni-Paktya

Ghazni, c est deja le Sud... sur la route Kaboul-Kandahar, celle qui mord soi-disant!Elle ne mord pas mais c est vrai que ca n'est pas la plus sure du monde.il n empeche que cette route est belle, et la prochaine fois je la ferai en entier(et celle du Dasht-e-margo aussi).

Apres avoir soupese ma vie dans la balance du risque, j ai estime que j avais assez de chance pour y aller sans casse(et en revenir) pour tenter l aventure.
Dans le minibus, j etais a l aise, le passager a cote de moi etait bavard mais monologuait surtout,je me contentais de repondre en parlant un minimum(en farsi).de toute facon toute l attention des gens etait accaparee par un groupe de tribaux de je-ne-sais-quel bled du Pashtunistan qui rechignaient a payer...ils en jetaient plein la vue avec leur barbes immenses et leur gros turbans noir et or, leur patun(couverture-chale) en plein ete!

A Ghazni je me suis pointe directement chez Haji Sher Alam, le gouverneur... qui n etait pas la.Alors les bidasses m ont dument controle et fouille, offert un peu de leur gruau, amene au chef de la police, et la rebelote controle-questions.Puis une grosse legume de l administration m a prete, comme ca, parce qu il est Afghan, une jeep avec chauffeur,deux gardes en civil et un militaire.C est bien pratique, parfois:j ai pu voir les deux minarets neuf-centenaires sous toutes les coutures(ils etaient un peu reticent a ce que je photographie le cimetiere des chars sovietiques,mais tout autour des minarets il y en a tant que j en avais forcement dans mon objectif), monter dans la citadelle qui est bien minee(eux connaissent), et rendre hommage a Mahmud-Khan-e-Ghaznevi,le Turco-mongol qui poussa ses conquetes de l'Indu Kush a la plaine du Dekkan(en pleine Inde), avant que son empire se fasse devaster par le Ghoride Ala-ud-din Jahansuz.Il a un modeste ziarat(tombeau-lieu de pelerinage), rien de mirobolant sauf quand un souffi qui fait son zikr depuis Kaboul vient s y ecrouler, completement parti, encore secoue de spasmes:"Allah HHou,Allah HHou!", comme c est arrive au moment ou je sortais.
Les flics m ont case dans un hotel bien situe, proche du bazar et de la vieille ville qui est une des plus passionante que j ai vu.Ghazni, je m en souviendrai longtemps!

Ensuite, histoire de ne pas reprendre la meme route qu a l aller, j ai fait un grand detour par Paktya et Logar.
La route Ghazni-Gardez, c est quelque chose: Des paysages volcaniques, des fortins pashtun comme on en fait qu au Waziristan, et pas une SEULE burqa!!!On est pourtant en plein fief taliban, mais c est aussi le coeur du Pashtunistan, et ici il n y que verts suaves, rouges carmins, oranges subtils et violets capiteux,et a peine un voile lache sur la tete.


Pour aller a Gardez:une seule solution,des vieilles Toyota qui partent des qu'elles sont pleines-suffit de quattre ou cinq passagers.Ma place etait dans le coffre,la barbe contre la vitre.Je n'ai pourtant pas echappe aux questions,et avec les trois heures de route cahoteuse, il n'y a que trop de temps pour que les quattres tribaux en posent.je declarai que j'etais Chitrali,pratique comme les Chitralis ont la peau claire comme moi mais en plus sont musulmans sunnites.

Le but etait qu'ils ne me decelent pas comme un etranger, car etranger ici signifie argent et que ces collines volcaniques etaient l'endroit reve pour se debarasser de moi sans que personne ne sache.Telle etait ma crainte, la leur etait tout autre:c'etait que je soit candidat a l'attentat-suicide.Nous etions a peine parti que deux des barbus a pakol se mirent a paniquer, avertissant le chauffeur que leur familles et leurs surement tres nombreux enfants avaient besoin d'eux pour un temps encore,que je ne pouvait pas rester.Se tournant vers moi ils me demanderent encore une fois si j'etais arabe, et ce que j'avais dans mon petit sac noir... situation completement inimaginee:je me retrouvai a tenter de rassurer des vigoureux partisans des taleban...qu'ils n'allaient pas mourir aujourd'hui au nom de l'Islam-pas par ma faute en tout cas.

Cette eventualite macabre ne derangeait manifestement pas un pashtun de Khost,visiblement honore de ma presence.Il me demanda de nombreuses fois pendant le voyage,dans un sourire qu'il peinait a cacher, si je n'etais vraiment pas venu pour le djihad.Je dementis a chaque fois.


Si je n'etais pas un endoctrine,alors je devais etre un etranger,espion peut-etre, penserent-ils alors.Aie!mauvais pour moi...Mais avec ma barbe folle, mon teint de talib qui a passe sa vie en madrassa,mon shalwar-kamiz blanc,mon keffieh,mon sac mysterieux et ma connaissance du farsi,il ne pouvaient s'y resoudre.Je devais etre un djihadiste!Je soutenai mordicus ma version:Chitrali,musulman mais pas talib,venu pour voir du pays,un seyyah(voyageur) quoi!Difficile a avaler pour eux, mais j'affichais un sang-froid(contrastant avec les battements de mon coeur,parce que j'avais vraiment peur)qui les desorientait.


Pour les rassurer, je sortai mon rollei et fixais sur pellicule le paysage et eux-meme.Ca detendit legerement l'atmosphere,pas plus.

Je senti le souffle de tous s'arreter lorsqu'un convoi de l'armee americaine nous croisa,et des prieres-exaucees, s'envoler furtivement!

Je vis aussi des taleban a velo, un maitre et un disciple,leurs turbans blancs claquant dans l'air epais.

Singulieres apparitions,ici quotidiennes.


Gardez... le gout des melons ne change pas beaucoup,et ils ne valent pas ceux de Samangan.Poussiere omnipresente, environ 40 degres.Un gros bourg aux rues riches de detritus cuisants au soleil,les memes helements de bazar qu'ailleurs...

Mais a bien y regarder,il est evident que l'on a change de contree:Il y a ces pakols en forme de cone ecrase,larges et rigides comme ceux du Waziristan qui n'est plus tres loin.Et surtout ces tas immmenses de bois de Chilghoza(Pinus gerardiana) et de gnevrier,parfois meme de cedre odorifere, arraches a la montagne et qu attendent d'etre envoyes vers Ghazni et Kaboul.Reliques des sublimes et rares forets afghanes, presque reduites a neant.

Le Paktya.

28 juillet 2006

Un mois d Afghanistan,un an de voyage!

Bonjour!

Le titre est explicite...Me voila de retour a Kaboul apres une courte mais passionante odyssee afghane(qui continue).Notamment:

Ghazni et ses deux minarets neuf-centenaires plantes au milieu d un desert de chars d assauts rouilles,

Paktia l irreductible,

Bamian,entre Bouddhas et les plus beaux lacs du monde,

Afghanistan central jusqu'a Herat la ville timouride,

De la Mazar-e-Sharif a travers les collines pomelees de Badghis et Faryab,

Et enfin Samangan...

Des details...tres prochainement.

Et encore:aujourd'hui 28 juillet,c est un an de voyage qui me toise.Deja!

A tres bientot
Adrien

30 juin 2006

Encore le Nord...

Ishpaata!

Desole pour ce long blanc.Ces deux derniers mois j ai sillone le Nord du Pakistan,region superbe mais peu connectee.Il y a bien quelques echoppes qui se pretendent "internet cafe" mais lla lenteur est telle qu on lit au maximum un mail en une heure.Et entre les deconnexions subites,les virus bizarres et les coupures de courant,on peut oublier...

Il y a deux voies qui menent au Nord:La Karakoram Highway,depuis Islamabad-Rawalpindi,qui atteint Gilgit(ex-royaume du Cachemire) apres 700 kil.,la plupart de la route dans la haute vallee de l Indus qui est alors une gorge etroite ,Hunza 80 kil plus loin et la frontiere chinoise 200 kil.apres Gilgit. D autre part,depuis Peshawar,en longeant la frontiere afghane et passant le col du Lowari,on arrive dans la legendaire vallee de Chitral.Une route longue et mauvaise relie Gilgit a Chitral en un axe Est-Ouest. Mais ce qui est passionant ce sont les "side-valleys",un peu plus isolees,etonnament diversifiees,tant pour les gens que pour les panorama.


Gojal

Il est difficile de quitter Hunza,qui malgre la manifeste determination de la population de suicider leur culture au tourisme,reste une ile de tolerance au Pakistan et probablement le plus beau paysage que j ai vu d aussi loin que je m en rappelle. Plus au Nord,en direction de la Chine,cette longue vallee prend le nom de Gojal et la langue locale change egalement.Jusqu a la Chine et meme au-dela de la frontiere,on parle Wakhi,et l etnie est la meme que dans le corridor du Wakhan(logique non?).

(N.B.linguistique:Je pense que Wakhi(le nom du peuple et de la langue),ne vient pas de Wakhan(le nom de la vallee Afghane),ce serait plutot le contraire,Wakhan qui vient de Wakhi.Sinon,le peuple se serait probablement appele Wakhani.Un exemple:Roma ne vient pas de Romulus,etant donne la presence du suffixe -ulus qui trahit le fait que Romulus derive de Roma.Ainsi,ce serait plutot d autres peuples d Afghanistan qui aurait donne le nom de Wakhan au corridor comme les habitants de cette vallee d Afghanistan s appelaient Wakhi.Le nom du peuple,"Wakhi",serait anterieure-pour moi- a celui du corridor afghan,"Wakhan".Mais tout le monde s en fout,donc je ferme la parenthese.)

A Passu comme dans le reste de la chaine du Karakoram,le paysage est brut et sec,des montagnes de 7000m. sont composees d ardoise et de gravats.La pluie(rare)pele la montagne et cree des amoncelements de millions de tonne de sable en forme de deltas,ce qui oblige la riviere a se faire un lit tout en meandres.C est que se nichent les villages,dans un dense ecrin de peupliers d Asie,de Muriers noirs et d Abricotiers.

Autour de Hunza et passu,j ai fait de longues balades,de vrais petits treks en fait,avec Federico,un Italien.A chaque fois que je lui disais adieu,comme a beaucoup de voyageur que je croise quelques jours,je le retrouvais ailleurs deux ou trois jours plus tard.Finalemenet j aurai crapahute en sa compagnie plus d un mois et demi en cumulant.Il voyage depuis six ans neuf mois par annee,bossant comme chef cuisinier les trois mois restant.Au bout de qulques temps nous avons commence a cuisiner notre tambouille nous-meme,avec un petit rechaud a gaz.C est fou ce qu on economise avec ca, et avec son savoir-faire on mangeait BIEN!Je me souviens de ces gnochi frais qu on s etait mitonne au milieu de nul part,Mmmm!On aurait bien voulu esayer la version alla romana,mais pour ca il faut un four a pizza et nous n avons pas eu le courage de realiser l installation d un foyer avec trois pierres plates que nous avions imagine.

Autour de Passu,belles marches le long de glaciers qui craquent comme une enorme machine en mouvement,longs ponts suspendus a la Indiana Jones,et delicieuse soupe d abricot.


Shimshal

De mon cote je suis ensuite alle dans une vallee auxiliaire vraiment paumee,accessible en Jeep depuis Passu.Tout les tres rares touristes qui vont la-bas viennent treckker,avec matos et porteurs,avec la vallee comme camp de base.J avais l air un rien stupide,a ne pas pouvoir faire de marches autres qu autour des villages.Mais j ai finalement trouve une bonne marche:simplement,revenir a Passu a pied.Ca m a pris toute la journee et quarante kilometres,et a croiser des orpailleurs ou des chevres sauvages.
Un peu peine de quitter le Chalpindok,un vrai plat de bourru:un nan,badigeonne de beurre de yak,puis de fromage de yak(encore plus fort),la-dessus un autre nan,et on recommence jusqu a faire une belle pile bien imbibee.Les Fisherman's friend ne font definitivement pas le poid!!!C est excellent mais ca fait pleurer tant c est fort.


Chapursan

Nous sommes alle a Sost,la derniere bourgade avant la frontiere chinoise,et de la dans la vallee de Chapursan,dont le nom signifierait "Que demander de plus"(Chize purson?)en Wakhi,et qui mene justement au confins du Wakhan Afghan.Federico m accompagna dans mon idee de faire cette vallee a pied.

Et ce fut l occasion de certaines des plus belles rencontres de ce voyage,allant de village en village dans un paysage d une brutalite merveilleuse,canyon jaunes sur fonds de sept-mille entierement blancs de neigeLes habitants sont ismaeliens,la branche la plus tolerante de l Islam.De nombreuses fois des bergeres a tresses noires tenues par du fil de fer nous ont invite dans leur famille pour passer la nuit ou simplement prendre le the sale et le potok(le pain local,pas plat pour une fois,tres nourrissant voire bourratif...du pain elfique en quelque sorte).Pendant une semaine nous avons ainsi ete au regime the-potok.

Apres trois jours de marche nous atteignions le dernier village de la vallee,un jour supplementaire et nous arrivions dans le dernier endroit habite,trois masure autour de la tombe d un saint homme mythique.Le vieux Hadji Mohammed,80ans passes-un age cannonique pour la-bas-,nous accueille parmi ses yaks et ses chevres qui approchent si on crie "Brrra,Brra!".

Le lendemain nous poussons encore plus loin,au milieu des montagnes rouges qui annoncent l Afghanistan.Mais une tempete de neige nous oblige a rebrousser chemin a quelques heures des cols qui marquent la frontiere(que nous n aurions de toute facon pas pu franchir).

Revenu a Sost avec 140 kil dans les jambes et une bonne base de la langue Wakhi(assez simple,et proche du persan).


Kalasha

La premiere fois qu une femme,non accompagnee en plus m a salue,a Hunza ou commencent les zones ismaeliennes,j etais estomaque.Ca ne m etais pas arrive au Pakistan. Pour entrer et sortir des vallees Kalasha nous dumes passer par Chitral ou la longue barbe,crane rase et calot sont de rigueur pour etre conforme a la sunnat(l orthodoxie).Le retour en zone sunnite fut un choc:je revenais de vallees ou la tolerance et la liberte depassent de tres loin n importe quel autre endroit du Pakistan:Les vallees Kalasha.

Les Kalasha ne sont plus que 3000,coinces entre la vallee de Chitral,le Pakhtunkhwa(zones pashtuns) et l Afghanistan.Ils pratiquent leur religion polytheiste unique au monde,au milieu d un ocean de Musulmans qui setend de la Mauritanie au Turkestan chinois. Jusqu a present, c est je crois la societe la plus egalitaire(particulierment entre les sexes)que j ai vu.Les femmes en particulier ont une tres grande liberte.Un exemple parmi des centaines,les mariages ne sont jamais arranges,et une femme peut quittter son mari si elle veut pour sortir avec un autre...personne ne peut l en empecher.(Et en plus,si elle se remarie,la dot versee a ses parents sera le double de celle du premier mariage.) Elles portent des habits tres colores,bourres de coquillages et de perles rouges ou oranges(autrefois,des coraux),et pas de voile mais une coiffe particuliere.

Les Kalasha ont un type physique tres europeen,peau et yeux clairs tres souvent.Ce qui a inspire l idee fausse qu ils descendent des generaux d Alexandre le Grand.En realite c est une branche a part de la grande famille des peuples Indo-europeens. Jadis ils occupaient un territoire qui s etendait sur la majeur partie du district de Chitral,mais au court des derniers siecles les Kho("Chitralis") ont supplantes graduellement les Kalasha jusqu a les acculer a trois petites vallees isolees pres de ce qui est maintenant la frontiere afghane.

Aujourd'hui,ils sont en minorite meme dans ces vallees,et parfois dans leur propres villages(qui ne sont deja pas nombreux)supplantes(envahis,dirais-je meme)par des Chitralis,des Pashtouns,voire meme des Pendjabis...tous sunnites. Cote afghan,c est le Nouristan.Les Nuristanis sont des cousins des Kalasha,qui pratiquaient une religion similaire jusqu a ce qu ils soient convertis de force il y a a peine plus d un siecle.Et comme tous les fraichement convertis,ce sont les plus extremistes. Des Nuristanis s etaient refugie de l autre cote de la frontiere,i.e. dans les vallees Kalasha,afin de fuir les persecutions et de garder leur culture.Ironie du sort,ils se sont peu a peu convertis eux aussi,et ils occupent desormais la partie superieur(la meilleure) de 2 des trois vallees,dont la plus importante,Mamuret(Bomburet).C est ainsi qu a dix minutes a pied des couleurs flamboyantes des Kalasha,on voit des burqa completes,dont les burqa noires,les plus terrifiantes!!! Il y a regulierement des problemes entre Nuristanis et Kalsha,notamment les premiers qui volent des chevres au seconds,ou meme des Nuristanis qui assassinent des Kalasha.

Mais pour moi,le plus insupportable c est la pression etouffante qui pese en continu sur les Kalasha.Dans un pays ou l islam est religion d etat("Republique islamique du Pakistan" est-ce ecrit sur mon visa),ou l Islamiat est une des branches les plus essentielle a l ecole,et ou les professeurs font du proselytisme a des gamins de 4 ans("Tu vois,ton camarade musulman,lui ira au ciel,mais pas toi,toi tu sera mange par les vers..."et autres menaces degoutantes),comment garder ses traditions? Les Kalasha sont cernes de Musulmans sunnites illetres qui chaque jours tentent de les flechir.
Le vendredi,loesque les musulmans sortent du sermon,je voyais la mine desabusee des Kalasha fatigues d avoir encore a subir l instistance des tenants de la "verite" apres le lavage de cerveau hebdomadaire. Car les Kalsha ne sont pas de naifs sauvages qui se "laissent avoir".Ils sont conscients encore plus que moi de la situation qui est la leur,et pour la plupart gardent fierement leur culture.Ils sont loin d etre betes.Pour parler d une autre menace,lors du festival de printemps qui a eu lieu lorsque j etais la,les groupes de femmes qui dansaient en se tenant par l epaule n hesitaient pas a bousculer et a faire voler (en eclats,parfois) les appareils photo des Pendjabis pervers qui venaient prendre des photos a deux centimetres d elles.

Seulement,il y a des failles:On converti de preference les enfants,mais aussi les viellards lorsqu ils tombent malades en les harassant a longueur de journee(en leur disant qu ils gueriraient)... Deja il n y a plus de famille qui n aie de membres musulmans;la vallees de Biriu(Birir),par exemple,n est peuplee que de Kalasha,mais la majorite est deja convertie a l Islam. Le plus triste,c est que l islam que j'ai vu la-bas est d une pauvrete affligeante.Il semble ne garder que les cotes superficiels et/ou negatifs.Cela se borne a se laisser pousser une longue barbe,se raser le crane,aller a la mosquee cinq fois par jours reciter un texte dont on ne connait pas la signification,... et convertir les Kalasha qui restent.


Yarkhun.

Chitral est une vallee qui est entierement fermee par les hautes montagnes de l Indu kush,avec une seule entrée naturelle au Sud, avec l Afghanistan.C est tres artificiellement que le district est rattache au Pakistan, car pour y acceder on doit passer un des nombreux cols de plus de 3000m, comme le Lowari pass en venant de Peshawar, ou le Shandur pass en direction de Gilgit. Cet isolement geographique a contribue a preserver le district de Chitral, mais le Pakistan est en train de creuser un tunnel sous le Lowari pass, ce qui rendra Chitral accessible toute l annee et a quelques heures de Peshawar et Islamabad.Pas besoin d avoir un doctorat en geopolitique pour en deviner les consequences: peu de progres pour la population locale, Chitrali et Kalasha, mais la fin de la quietude: Exploitation massive du bois au profit du Pendjab(L extreme Sud du district de Chitral et les vallees Kalasha sont parmi les seules regions boisees du Pakistan), afflux de Pashtun et surtout de Pendjabi, comme touristes ou installant leur residence secondaire, dont une bonne partie au coeur meme des vallees Kalasha...

La vallee superieure de Chitral est appelee Yarkhun, et sur 150 kilometres au moins, le long de la riviere eponyme, se succedent des villages, taches vert eclatant dans un paysage d une brutale mineralite.Comme a Hunza,Gojal,Chapursan… c est un ingenieux systeme de cannaux d irrigation(grace a l eau de fonte) qui permet de transformer des bouts de montagnes en fabuleux jardins en terasses. La vallee s acheve sur une serie de cols dont certains relient Chapursan, d autres le Wakhan.Le toit du Pakistan! la-bas d autres vallees encore prennent source; l Indu Kush, l Indu Raj, le Pamir, le Karakoram et l Himalaya se rejoignent, et le legendaire Mont Meru, l axe du monde pour 4 religions d Asie, n est surement pas loin!

Avec Federico nous entreprimes de refaire le coup de Chapursan: explorer a pied la vallee de Yarkhun, allant de village en comptant sur l hospitalite des locaux. Ceux-ci sont egalement ismaeliens, mais n etaient pas pour autant aussi chaleureux que Chapursan.En fait,ils avaient l air d avoir tres peur de nous…probablement a cause de nos tetes de talibans.Du coup,a la fin de la premiere journee de marche,nous n avions rien dans le ventre et desesperions de trouver une ame charitable qui nous offrirait le gite et le couvert.Par chance cette ame se manifesta…en la presence d un professeur de l ecole primaire de Khrusg.

Et cahin-caha, nous continuiions notre bonhome de chemin, essayant de trouver des profs lorsqu il etait temps de trouver de la nourriture et un abri, qui etaient toujours ravis de rencontrer de “vrais etrangers”. Il faisait chaud,nous nous retrouvions souvent a marcher lorsque le soleil etait comme un fil a plomb,et l eau de source ne suffisait pas a compenser la deshydratation ,en plus de nous rendre regulierement malade.Pas toujours facile dans ces conditions de profiter du paysage epoustouflant et des gens(qui etaient adorables a partir du moment ou ils comprennaient qui nous etions). Au bout de quelques jours et d une centaine de kilometres, nous etions vraiment lessives.
Encore un dernier jour de marche,mais pas suffisament pour arriver au bout de la vallee,et nous entamions le retour. Comme les autres d habitude nous prenions regulierement le bruit de la riviere pour un bruit de jeep. Plus que jamais auparavant,nous avions cette hallucination auditive, tournions la tete,pour ne decouvrir qu un environnement immobile, et repartir encore un peu plus diminue.C etait mon jour d etre assaili de crampes et de nausees, et un peu de fievre pour couronner le tout(nos metabolismes s etaient apparement concerte pour alterner les jours de maladie -chacun son tour).Nous etions entre les villages de Bang et Power(sic!) lorsque mes jambes ne me soutinrent plus.Tordu de fatigue et de douleur, je me tenais le ventre sur le bord de la piste.Et encore cette impression insupportable d entendre un vehicule arriver… Le bruit de la riviere se faisait de plus en plus oppressant. Jusqu a ce qu on s appercoivent qu une jeep arrivait vraiment!! Elle accepta de nous prendre et de nous ramener jusqu a Mastuj(la ou la vallee de Chitral devient Yarkhun) ou nous avions laisse quelques affaires dans la guesthouse du village.C etait un Australien qui avait loue la jeep (avec chauffeur) pour aller controller des projets d ecoles qu il financait.Tres enthousiaste quant a nos peregrinations,il nous offrit du chocolat que je vomis avec plusieurs litres d eau(profitant d une crevaison).

Apres deux ou trois jours de repos(mais il nous fallut une semaine pour que nous puissions de nouveau appeler “pieds” ce que nous avions au bout des jambes) a Mastuj, nous primes un bus bringuebalant pour Sor Laspur, le dernier village avant le Shandur Pass.Chanceux, on nous invita une fois de plus(le danger dans ces cas-la, c est de devenir blasé),et nous nous rendimes au sommet du col ou se trouve un lac magnifique(refuge a des milliards de moustiques) et des troupeaux de yaks,avant de revenir a Sor Laspur.
Le lendemain nous repassames le col, en bus cette-fois,et en fin d après-midi arrivames a Gilgit.


Gilgit&Naltar

Tandis que Federico monta,en repassant par Hunza,jusqu en Chine,je continuai a voyager un peu dans la region. Gilgit, comme Quetta, est une ville qui ne repose sur rien d autre que des echoppes de bazaar, du commerce assez obscur et beaucoup d illusions.Comme Quetta elle a son caractere mais pas de fond. C est un melting-pot de tous les petits peuples du Nord: Shina et Kohistani aux longues barbes, Gujar nomades, Khowar au nez camu, Burusho qui viennent de Hunza, Wakhi calmes et arrangeants, Balti-pa qui parlent un dialecte tibetain, fiers Pashtun et stupides flics Pendjabi. Le probleme,c est que ce petit monde ne vit pas en paix,les Sunnites zigouillent des Shiites,qui se vengent sur les Ismaeliens ou les Nurbashki,etc.Pour y remedier l etat a installe des bunkers avec un soldat en joue litteralement a chaque coin de rues,et des check-post tous les kilometres.Evidemment ca ne remedie a rien,car c est bien connu plus il y a d armes moins il y a de securite!

Pour retrouver un peu de fraicheur, car Gilgit etait deja trop chaude en ces premiers jours de Juin, j allai a Naltar, une vallee tres proche mais beaucoup plus fraiche.D ailleurs il a plu des cordes en continu lorsque j y etais,et il semblerait que ce climat dure toute l annee.La vegetation,une fois n est pas coutume au Pakistan, est luxuriante.Mais le clou, c est le lac qui se trouve a quelques heures de marche du dernier village:une eau crystalline qui revele un fond aux couleurs psychedeliques: roses,vert fluos… Quant aux gens, ce sont des Shina et des nomades Gujar assez recemment convertis(il y a deux ou trois siecles peut-etre) a un sunnisme stricte,mais heureusement ils ont oublie d etre antipathique!


Swat

En redescendant sur Islamabad-Rawalpindi, j ai bifurque a Besham et entre dans la vallee de Swat, assez fameuse puisque c est un des seuls endroits boises du Pakistan, ou les Cedres de l Himalaya et les Pins pleureurs atteignent jusqu a 50 metres de haut. En ete, des hordes de touristes Pendjabi et de Karachi viennent ici fuir la chaleur qui assome le centre et le Sud du Pakistan.C est une vallee longue et assez densement peuplee de Pashtun (la plupart de la tribu Yusufzai),ce peuple jamais domine, a la structure clanique extremement forte, et tres fier d etre musulman.Ils me font souvent penser aux Corses, notamment de par leur code de l honneur et de l hospitalite(le pakhtunwali), qui se traduit souvent en de sanglantes vendetta, mais qui pour moi presente surtout les avantages de l hospitalite et de leur grande generosite. Les Pashtun sont un peuple que j admire.

La basse vallee de Swat est totalement deforestee, mais la moitie Nord, en amont, est encore tres verte et fraiche. J ai passé plusieurs jours a Madyan, la ou commence la foret. On impose a tous les etrangers une escorte armee pour n importe quel deplacement dans ou autour du village, ce qui ne se justifie absolument pas. J avais echappe a cette compagnie encombrante plusieurs fois en Iran et au Baloutchistan, mais la , je pensais que je n y couperais pas. He bien non, la police a juge que j etais assez “pashtun” pour me laisser vaquer tout seul.

Un important pourcentage de la population de Swat est d origine afghane, refugie du temps de l intervention sovietique; certains ont fait fortune au Pakistan, et maintenant, ils sont parmi les hommes les plus riches de Swat.Alors evidemment…ils restent!

A trois heures en vehicule en amont de Madyan, se trouve Kalam, ou la riviere Swat se forme par la junction de plusieurs petits affluents. La, les Pashtun laissent place aux Kohistani, une denomination qui designe des dizaines de petits clans anarichiques qui parlent chacun un patois different et sont tous tres armes. Mais les Kohistani de Kalam sont plutot calmes. Ce fut encore une occasion de marcher, dans des forets et pres de lacs magnifique. Et quand j etais trop fatigue, il y avait souvent des possibilite d avoir un lift sur un pick-up en se serrant parmi quelques chevres, des sacs de farine et une dizaines de passagers en equilibre instable, tous de tribus differentes(ce qui fait qu ils ne me detectaient pas toujours comme etranger).En cette periode de l annee il y a aussi des touristes Pendjabi qui m ont parfois avance un peu(mais ils sont nettement moins marrants).


Pindi

Pindi(Rawalpindi/Islamabad)… 50 degres.C etait inhumain,et pour rendre la chose encore plus insupportable, l administration pakistanaise atteignait des sommets d inefficacite.

Il me fallait prolonger mon visa, ce que j avais deja fait une fois a Lahore, gratuitement et en une heure a peine.A Pindi,on a commenca par m envoyer de batiment en batiment, de bureau en bureau, ce qui me pris quelques heures, mais personne n etait capable d etendre mon visa ni meme de m indiquer le veritable bureau…jusqu a ce qu ils m annoncent qu il n etait pas possible de le faire a Rawalpindi, il fallait aller a la ville jumelle(et capitale) Islamabad.Le trajet me pris une heure,pour arriver une demi-heure après la fermeture du bureau qui ouvrait de 10h a 11h!Je revins le lendemain,remplis une feuille pour laquelle on me demanda de l argent, attendis…verdict:Allez a Lahore(200kil.)!Impossible, ca n etait pas du tout sur ma route,le climat y etait invivable et c etait le dernier jour de mon visa.-Alors allez au bureau tel-et-tel,dans tel quartier d Islamabad.Ce que je fis,non sans peine pour le trouver, remplis un feuille qui me couta, pour n avoir au final qu un:”revenez dans trois jours”… Finalement on me dit d attendre deux heures et on me le donna le jour meme comme la fievre et le mal de ventre me tirait des larmes(j etais retombe malade,ca arrive une fois par semaine au moins, au Pakistan, et dure quelques jours a chaque fois). Mais les tracas administratifs n etaient pas fini,et j en aurais encore de bonnes a raconter(comme un paquet que la poste accepta d envoyer grace a une autorisation de faire le pelerinage de la mecque…n essayez pas de comprendre) mais ce post va etre trop long.


Peshawar

Apres quelques jours harassant je vins a Peshawar ou je suis encore(mais c est mon dernier jour),afin de profiter de l hospitalite fabuleuse d amis de ma famille…pashtun evidemment. Ici aussi il fait trop chaud, dans les cinquante degres. Mais au moins c est une chaleur seche, pas le sauna de Pindi.Les bazaar de Peshawar sont excellent, le plus fou etant le Karkhano bazaar (smuggler’s bazaar),ou on trouve tout des equipements de l armee americaine au discs de musique pashtun, du toc chinois a la limonade “mega-pack” US, en passant par les couteaux de toutes tailles et meme la “crème a faire gonfler les seins”(sic!).Tout cela dans une mare de barbus,de concasseurs de canne a sucre, de vendeurs de lassi,de mendiants jeunes ou vieux,etc…

Voila, j espere que vous etes rassasie ( mais qu on a evite l indigestion), Je ne vous promet pas un post de suite vu les conditions internetiques,mais je ferai de mon mieux.

Je vais entamer sous peu ma montee vers l Asie centrale,que j espere plus fraiche mais tout aussi passionante. Quattre mois au Pakistan, c etait long quand meme,mais c est le pays le plus fou dans lequel j ai voyage jusqu a present! Quelques mysteres subsistent,le plus grand etant:Pourquoi le vieux papier (par exemple utilise pour emballer) au Pakistan provient-il toujours de journeaux grecques????J ai renonce a comprendre...

Bonnes vacances d ete, et si vous voulez des idees de destinations… !

Bises

Adrien... toujours sur la route apres onze mois de voyage.

16 avril 2006

PHOTOS 2-Turquie

Allez,vous l avez bien merite!

http://www.pinetum.org/voyagegolinelli.htm

(les pages en liens sont des photos d arbres...)

Les huit premieres sont de Grece,le reste de Turquie.Une selection.
Je n ai pas encore pu mettre de commentaire...
A+
Adrien

P.S.Merci pour vos commentaires sur ce blog,dont j ai eu vent mais que je ne peux visualiser car blogspot a ete interdit par le gouvernement paki(un blogger avait eu la bonne idee de mettre les caricatures Mohammad sur son blog.).C est pas grave,continuez...

Vallees (plus tres) oubliees

Salami au loukoums !
Un petit post en direct de la vallee de Hunza !
Mais d abord,un resume de ce qui a precede :

Multan
J ai quitte Lahore trois jours pour Multan et le Sud de la province du Penjab.En trois jours j ai fait essentielement des heures de bus tape-cul,mais le petit detour valait le coup.Multan est la ville reputee la plus chaude du Pakistan,dans une continuation du desert du Rajasthan.La temperature depassait allegrement les 40 degres,ce qui me donnait encore plus de determination a ne plus attendre pour prendre un bon bol d air frais dans les montagnes du Nord du Paki, ce que je fais en ce moment(d ailleurs c est presque un peu trop frais...il gele la nuit.Mais on attend le soleil !!).
La vieille ville de Multan est construite sur une colline que le bazar enrobe en colimacon.J ai marche des heures dans les rues etroites,populeuses,envahies de tissus eclatants,ou la lumiere filtre a travers la protection de fortune,cependant je n ai jamais eu l impression d etre passe deux fois au meme endroit.Soit le bazar etait immense,soit il etait tellement riche que mes sens n arrivaient pas a tout attraper.
C est une ville apparement religieuse,et on voit tout depuis les voiles tenus jusqu a la burka a l afghane.Beaucoup de mosquees assez minables :au Pakistan,mis a part les oeuvres des Mughals(empire musulman d origine mongol qui regna sur les Indes il y a quelques siecles) et les sortes de soucoupes spatiales extra-futuristes de l apres-partition,les mosquees(anciennes ou nouvelles) sont vraiment insipides,des blocs de betons peints en blancs flanques d avortons de minarets(une serie de petits cacas de 50 centimetres de hauts).Rien a voir avec le style ottoman si ideal,precis,et geometrique.Ni avec le bleu et le turquoise perse qui couvre les domes immenses des mosquees Iraniennes.Heureusement a Multan il y a d immenses mausolees souffis que je ne pourrais que mal decrire(donc je m abstiens),dont celui de Shams de Tabriz.Marrant,j ai deja vu son mausolee a Konya.Il est partout lui !
Voyant une belle facade a vieux balcons en bois sculptes,je suis entre et j ai trouve une madrassah ou des gamins annonaient le quran et des femmes dessinaient les arches du batiment.J ai du expliquer a trois barbus plutot sympas que j etais juste venu jeter un coup d oeil,et il m ont carrement fait la visite integral des lieux.Et ca en valait la peine, c etait un ancien temple hindou,vraiment croulant,avec des peintures murales d Anuman le dieu-singe,entre autre.


Uch Sharif
Entre ce village et sa datteraie,trois tombes imposantes,en ruines mais d autant plus belles,avec des ceramiques bleues entres les fines briques.C est un parcours du comabattants pour y arriver,depuis Bahawalpur,puis a pied et auto-stop jusqu a ces mausolees assez caches.

Retour a Lahore
La temperature a grimpe d un coup ici.On vegete la journee en attendant la nuit(qui reste encore trop elevees).Trois nuits,trois nuits souffies ,dont deux ou les musiciens jouerent sur le toit de la guesthouse,rien que pour les voyageurs de passage et pour pas un rond.
La troisieme nuit,je pars derechef pour Islamabad-Rawalpindi,une fois les musiciens partis.J arrive la bas vers 6h du mat.Je pensais pouvoir prendre le bus direct pour Hunza,six ou sept cent kilometres sur la Karakoram Highway,la KKH,qui va jusqu en Chine.Mais pas de chance ,il pleut des cordes et la-bas cela signifie coulees de boues et torrents qui emporte la route.Il faut dire que la KKH,proclamee »huitieme merveille du monde » par ses constructeurs,est une route ou deux vehicules se croisent tout juste,goudronnee certes... la ou la pluis ne l a pas arrachee ou recouverte de gravat.Je tente quand meme d y aller,et avec un Japonais a mourir de rire et francais,on se met en route pour Abbotabad,qui devait se trouver avant la premiere coulee.J en ai assez des grandes villes grises et je veux voir la montagne.Abbotabad est une ville pashtoun et comme partout au Pakistan,on croit que j en suis un.C est vrai que j ai le meme accoutrement et la meme barbe.Quant a Jonathan le Francais,ils sont persuade qu il est Syrien ou Palestinen.C est mieux ca plutot qu ils nous prennent pour des Yankees !

Abbotabad.
Trouve la-bas la guesthouse la meilleur marche de mon voyage :20 roupies(30 centimes d Euro)le lit.Mais a y regarder de plus pres,j atteins la vraiment la limite du supportable :Les draps puent la pissent, la chambre est froide, la porte ne femre pas de l interieur.Avec Kei et Jo,on on se trouve autre chose de plus humain.Le lendemain matin on fait un rapide tour du village puis on repart pour des heures de bus jusqu a Mansehra puis Besham ou on arrive pour la nuit.Toute la journee nous avons vu defiler les forets de pins et les terasses cultivees,mais aussi des villages rases par le tremblemnt de terre.Sur ou dans les restes des maisons,dews tentes bleues flashy a caracteres japonais ponctuent le paysage.Cependanrt les gens vivent,cultivent et reconstruisent deja.Comme a Bam,le traumatisme degoutent les gens de construir en pierre de taille et bois,ils refoulent ces methodes ancestrales dans leur inconscient collectif,et erigent des blocs criards en ciments... (non,plus rien ne sera jamais comme avant ...)

Kohistan
Le paysage change a mesure que l on monte.On prend peu d altitude entre (Rawal)Pindi et Gilgit(qui est cent kilometres avant Hunza),mais la gorge se fait plus profonde,et la foret laisse place a des pentes tres raides,glissantes,vert algue.Des villages nichent sur les alluvions laisses par les affluents de l Indus,qui ici est tout petit.Dans des conditions assez eprouvantes,on atteints Chilas le lendemain.Entre Besham et Chilas,c est le Kuhistan,repute pour l antipathie de ses habitants.Les farouches Kohistani sont de fervents sunnites,et les Bouddhas bi-millenaires tailles dans des rochers a Chilas ont ete vandalises par des Chilasi justement un peu trop fervents...Hem hem.La plaque explicative a carrement ete explosee a la dynamite.
Les regards des Chilasi en disent long sur leur aversion envers tout etrangers.Nous avons quand meme trouve quelques exceptions a la regle,comme ce type qui nous a invite a prendre un chai,et qui a presente quelques membres de sa p’tite famille :il avait 4 femmes,20 garcons et 11 filles.(Il va sans dire que nous n avons vu que des hommes.)

Vallees (plus tres) oubliees
Le lendemain,encore des heures de bus-mixer,entre les eboulements,les camions sur-tunnes qui se doublent a flan de falaise,le chauffeur abruti de Haschish et un paysage lunaire.Peu avant Hunza,je retrouve un bon vieux pote,Arnaud(dit Rahan le chainon manquant).Il a suisvi la meme route depuis Geneve,mais en deux fois moins de temps(4 mois).On pensait se retrouver en Inde ou a Pindi,on craignai meme de se rater.Et voila que je la i retrouve dans un des endroits les plus paume du monde,la on nos bus respectifs s etaient arrete pour une pause casse-croute.Guro Jaglot,que ca s appelait!
On a passe trois jours a marcher autour de Hunza,avant qu il parte pour l Inde et les temperatures infernales.C est qu il est presse,Arnaud! Sympa de s etre retrouve!Bon vent,mec!

Je connaissais la Hunza avant de partir et j etais impatient de la decouvrir :
C est epoustouflant,bien sur.Une vallee large qui monte des deux cotes jusqu a des hauteurs imposantes.On voit certains des plus hauts sommets du monde.De chaque cote de la riviere,des terasses montes graduellement,sur lesquelles s encastre perpendiculairement des centaines de peupliers tres sveltes d un vert tendre.J ai de la chance :Nombre d abricotiers sont encore en fleur.Sur un promontoire,le fort multicentenaire de Baltit,montrant d evidentes influences tibetaines. Il doit y avoir peu de vallees, dans l Himalaya et dans le monde, au tel cachet.
Mais il ya un Mais.Je m imaginais un endroit coupe du monde,un paradis oublie... Mais j ai trouve le pivot de (la modeste,mais existante) industrie touristique Pakistanaise.Et je ne compte pas le nombre d hotel et de guesthouse.Des gamins de six ans me parlent en anglais et comprennent ce que je dis,tandis qu ailleurs des hordes de leurs camarades crient »one picture ! » ou »one rupee !».La moitie des Hunzakut font a la fois du business touristique et cultivent les terasses.Mais lorsque le boom touristique reprendra,nul doute qu ils choisiront le premier !Ils construisent des maisons en ciments,la ou il y avait des habitations de pierre et et de bois,la ou il y avait des champs,ce meme qui faisait la beaute de la Hunza.
J en vient a souhaiter que ces touristes cessent de venir dans la Hunza.Mais c est inexorable.Et le plus tordu,c est que suis aussi responsable,en venant ici,de l agonie de leur cultureLes Burushos sont un reliquat de couches de population d avnt les Indo-europeens, d avant les turcs,les Mongols,une dernier reste des premiers peuples de l Eurasie,dont ne subsite a l Ouest que les Basques. ...Pour combien de temps encore ?
Et je pense au Kohistani qui jettent des pierres aux etrangers...Finalement,qui a raison ??

A bientot.
Bonne vacances de Paques
Et que votre ombre grandisse.

Goli Khan habib-el-donya

2 avril 2006

Le p'tit jeune prend un coup d'vieux

Lahore

Noel etait mortifere,nouvel an ennuyeux,mais j ai bien passe mon anniversaire.Pas mal grace a vous(vous vous reconnaissez)-la creme de mes amis,qui m avez appeles depuis chez moi ou vous trinquiez a ma sante.C est exactement ce qui souleve le coeur et evite de sombrer dans la deprime dans des moments pareils.
J ai aussi eu droit a une petite fete dans la guesthouse ou je loge depuis le 29.Pas de gateau,mais des vrais pates d Italie,avec une sauce thon et tomate,et meme des olives!!!!!Arrose de faux champagne...
Ceci grace a deux amis d Istanbul que j ai retrouve ici.Un couple de Tessinois souffis habitants en Turquie.4 mois apres je les retrouve...dans un autre haut lieu du souffisme.
Lahore a une tres large communaute souffie,et elle est connue mondialement pour ca.
Mais le souffisme du Pakistan est tres different dans la forme de celui des Derviches turcs!
Jeudi dernier je suis alle a la ceremonie hebdomadaire d un groupe souffi.Le joueur de tambour est un des meilleurs du Pakistan.Et il est sourd.Ainsi "c est Allah qui l habite lorsqu il joue".
La ceremonie a lieu dans un temple ombrage de Banyans,a ciel ouvert,tout contre le tombeau d un des plus grands maitre souffi de l histoire.Gravi les escaliers etroits,on se s ajoute a la foule assise par terre(quasiment les uns sur les autres) dans le petit perimetre disponible.Au milieu,le joueur de tambour et quelques hommes en transe.Ils s agitent tous a leur maniere au rytme tourbillonant,les yeux fermes ou revulses,en sueurs,le visage parfois fendu d un dem-sourire beat.Puis tous se deplacent dans un espace plus grands,avec encore plus de monde dans le public(et encore plus de joints),deux joueurs de tambours etonnament syncronises,et encore plus de danseurs en transe.
Unique,irresistible,inoubliable.

Aujourd'hui,j ai vu une ceremonie d un tout autre ordre:La fermeture de la frontiere Indo-Paki a Wagah.
C est un rituel repete chaque jour et qui attire toujours autant de monde.Une heure avant la tombee du jour,les deux portails(a un metre l un en face de l autre),sont fermes,et les drapeaux mis en berne.De chaque cote,deux Hemicycles bondes,l un criant PAKISTAN! ZINDABAD! et l autre HINDOUSTAN! AZADI!.Les gardes-frontieres,en costume du temps de l Empire des Indes,et tres theatralement,font aussi leur demonstration de force.Ce qui est etonnant,c est que des deux cotes ils font exactement les memes gestes,les meme pas de l oie,syncronises a la seconde pres,comme un miroir.
La situation par essence a un cote illogique voire absurde.Mais rien de comparable a ce moment ou un vieil edente,avec une tunique verte bardee de slogans islamistes s est mis a courir malgre son arthrose vers le portail en agitant son drapeau pakistanais comme un forcene.En meme temps retentissait a plein tube une chanson techno a la gloire du Pakistan.Surreel!


Comme vous l avez je suis en meilleure forme qu a Hyderabad,je me suis tout juste retabli pour mon anni(c aurait pas ete drole de le passer au lit,hein Xe),et je fourmille d idees de villes et de vallees(dans le Nord) a explorer!

A+
Bises
Adrien Habib-El-Donya

Febrile deliquescence

Gwadar
La cote du Baloutchistan est tres peu peuplee,souvent tres belle mais constamment gachee par la flicaille.Ce qui ne m a pas laisse beaucoup de choix quant a mon programme:Je voulais aller a Jiwani et Gandz-un village ou vient des Baloutches descendants des colons portuguais-, mais la police a choisi pour moi:"Karachi!"
J ai fini par me rendre,exaspere par la suspicion maladive de ces types qui ne veulent pas comprendre.
Le jour precedent j avais pu nager au pied des falaises oranges.J etais comble,j avais ma dose de mer pour un moment,et le sentiment de ne pas etre venu pour rien.
Escorte par cinq flics(pas mechants ceux-la,d ailleurs)j ai marche avec mon barda jusqu au terminal des bus,et chaque vehicule qui me croisait manquait d avoir un accident(ne pouvant decoller les yeux de ce Marsien).
Le bus etait un bus normalement charge et la route faite de bitume et lisse-Oh joie! Oh miracle!-.La route de la cote(Gwadar a Karachi) a ete inauguree recemment,et si elle longe pas toujours directement la mer,elle traverse des paysages epoustouflants.J ai rarement vu une region ou l erosion a sculpte dans tellement de styles differents.Le col de Buzi est tout specialement impressionant.


Karachi

Arrive la nuit.Aide par un jeune Baloutche d Iran(Ca fait plaisir de reparler farsi!)qui etait dans le meme bus,on cherche un endroit ou dormir.Les gens sont desagreables,les hotels bons marches nous refusent sous pretexte que je suis Suisse(c est au contraire un honneur que je leur fais,dont ils devraient tirer une immense fierte!).On marche dans les rues bordees de detritus,croise de types pathibulaires mais presque,et tousse a cause de la pollution.Finalement un hotel nous accepte.Les chambres sont deja occupees par des colonies de blattes.Quelques puces aussi.
Le lendemain je change illico d abri,et trouve quelque chose de correct dans une sorte d auberge de jeunesse.Je n avais pas remarque que c etait gere par une organisation chretienne pakistanaise.On me demande ma religion.Comme d hab je dis "chretien"(meme si ca me fait sourire interieurement).Ils ne pensaient pas."Pourquoi t as la barbe alors?"-"Jesus portait bien la barbe!"(kassse)-"Tu vas a l eglise pour prier?"-"Non"-"Tu dois aller tout les jours a l eglise!!!".Je voyais la haine qui sourdre de ses pores en entendant que je preferais faire un tour du bazar.Finalement ces types-la etaient parmi les plus intolerants et les plus fondamentalistes que j ai rencontre dans ce voyage.Etonnant!Une grande communaute chretienne(des convertis sous les Anglais)vit a Karachi,qui ne manque pas d horribles cathedrales grises et austeres ecoles de nonnes.Une guerre larve dure entre les Chretiens et les Musulmans,atteignant des sommet de haine,d intolerance et d absurdite.
De toutes les personnes rencontrees la-bas,seul un fidele du temple Zoroastrien etait sympa.Les Karachites...Karachiottes...bref les autochtones ne me donnaient pas envie de rester,et la chaleur,le traffic,la pollution incroyable,tout cela provoquait un vrai rejet de greffe chez moi.


Hyderabad

Deuxieme plus grande ville de la province du Sindh.Pour la pollution et la chaleur,ca ne s arrange pas.Le contact avec les gens est plus facile,mais j avoue que ceux avec qui j ai pu discuter se sont avere Baloutches ou Pashtouns...
Je dors pres du fort qui domine le centre de la ville.Il est rouge,un peu ruine,occupe d habitations et de ficus.Le Bazar est grand,mais toujours dans des rues etroites et bondees.Comme un liquide instable qui se serait rependu sur toute la colline du fort,se faufilant dans le moindre passage.
Je me dis alors qu une ville d Europe en plein Moyen-age devait avoir la meme ambiance.Mais alors pourquoi avons-nous perdu cette capacite au chaos,si creatif pourtant?
La maladie retarde mon depart ma progression vers le Nord.Je n ai pas ete malade plus d un jour depuis mon depart(sauf apres la mesaventure au Lorestan(voir"Peripeties persannes").Ca devait bien arriver.J ai de la fievre,je me vide,je tousse,et je deviens presque parano a force de compter les perfides moustiques qui attendent leur heure,les puces enormes remplies de sang,les blattes,les mouches.Je suis entoure d un bestiaire infernal qui me nargue dans ma febrile deliquescence.

Adrien

22 mars 2006

Terra quasiincognita

A Salaam Aleykum

Je suis a Gwadar,au fin fond du Baloutchistan
.Un petit port de peche qui sens fort et aux policiers sur-pourris.

On m avait conseille de skiper Quetta et de monter direct a Lahore,car la capitale du Baloutchistan pakistanais,avec son melange de population pashtoun,baloutche,afghane et pendjabie,et les tensions ethniques latentes,est une entree un peu brutale dans le pays... C est vrai que c est une ville un peu violente(j ai assiste a une fusillade...pas grand-chose,un reglement de compte),mais pour moi(avec ma bonne etoile), ce fut surtout l occasion de me preparer a voyager plus avant dans le Pakistan.
Une fois achetee une shalwar-kamiz(l habit traditionnel paki,pantalon bouffant et chemise jusqu aux genoux,que tout le monde,sans exception,porte)avec quoi je suis plus discret(tout en montrant du resect envers leur culture),tente d adapter mon estomac a la cuisine locale,epicee et HYPER grasse,et m etre familiarise avec la rouppie,je suis parti sur des chemins de traverse vers Karachi.Je compte arriver la-bas dans quelques jours,apres avoir vu un ou deux autres villages cotiers de mon choix.
La progression est assez lente car j ai traverse le Baloutchistan central et austral,une region qui vit encore "avec des moyens du 19 e siecle"comme se plaignent les locaux.
C est assez vrai,il n y a pas de routes,juste des pistes defoncees,"enjolivees" de quelques metres de goudron par-ci par-la,mais les tentatives de routes ont ete emportees par les pluies,tres rares mais extremement puissantes.
De Quetta a Khuzdar j ai pris un bus,un vieux Benz decore tout-partout de gligli metalliques et multicolores.Pendant la premiere moitie du voyage,route goudronnee.Mais j avais l impression d etre sur un de ces cheval de rodeo mecanique...pendant des heures!La seconde moitie, c etait carrement le mixer:de la piste au milieu du desert,et un nuage de poussiere permanent autour du bus qui s infiltre partout, sournoisement.
Puis direction Panjgur,au Sud-Ouest(pour vous imaginer,je descend de Quetta vers la cote en ziguzaguant...un coup au Sud-Est...un coup au Sud-Ouest.Un peu comme quand on a un vent de face en voile.)De nouveau des heures de bus-qui-transforme-en-bouilli dans le desert.Mais ca vaut la peine:Panjgur est un grand oasis qui vit presque en autarcie.Un fleuve,a sec bien sur,traverse la mer de palmiers dattiers.Le bazar est menu mais halucinnant.Un melange d Afrique et de Sri-Lanka,des marchands,souvent simplement assis a meme le sol des petites rues qui vendent tout dans des nuages de mouches,depuis des poissons qui ont aussi beaucoup voyage jusqu a n importe quelle piece de moto iranienne ou chinoise,en passant par diverses sortes de p'ann, une chique melangee de betel,tabac et plein d autres epices enroules dans une feuille verte coriace, dont les crachats rouge sang repeignent les murs.J ai goute et c est plus encombrant qu autre chose,pour a peu pres aucun effet.
A panjgur j etais mehman, i.e. hote,et c est une situation fort agreable,telle que je m en souvenais.J ai demande a mon hote si des etrangers venaient parfois.-"oui,il y avaient des Anglais avant"-"ah bon.quand ca avant?"-"Dans les annees... 1900."-"Je vois..."
L hospitalite est un point commun entre les Baloutches et les Kurdes,de meme que l identite aryenne(n.b.Dans cette region du monde on utilise courrament ce terme pour designer les peuples du groupe"iraniens",ou plus largement,indo-iraniens,et n a pas subi l impact de l usurpation de ce terme par l ideologie nazie.D ailleurs "Iran" et "Aryen" sont evidemment deux version du meme mot -une racine "aran",je pense)et un nationalisme modere mais profondement ancre.

De Panjgur,j ai pousse l exploration vers des lieux encore plus recules:Awaran,puis Mashkeh.De l avis des autochtones,j etais"le premier et le dernier" etranger qu ils voyaient,car le prochain devrait venir, au mieux, pour la generation suivante.

Pour atteindre ces bourgs,pas de bus,mais des pick-up toyota.A quinze personnes dans un vehicule pour Panjgur-Awaran,et meme dix-sept pour Awaran-Mashkeh.Sans compter les sacs de grains,les bidons d essence et tout les bagages.Ah je vous jure,il faut le vouloir pour aller la-bas.La piste qui travere de hautes chaines de montagne a un charme certain,et je m occcupe en admirant le paysage,seule occupation physiquement possible de toute facon.
Croise quelques Baloutches nomades.La famille type:Un dromadaire,trois ou quattre chevres trapues,le pere,la mere et cinq ou six enfants.

Awaran est disperse au milieu de chanps de ble et d oignon.C est que la poussiere extrement fine omnipresente au Baloutchistan,est de la poussiere de terre.Avec de l eau cela donne un sol fertil...seulement l eau est rare.
La-bas on a l electricite quelques heures par jours,et ces debiles(j entends,du gouvernement bien sur), au lieu d installer des eoliennes(une turbine produirait plus que la consommation de tout Awaran,selon les dires du responsable de la centrale electrique ou j ai dormis -pas d hotels la-bas,pensez-vous!),ont fait une centrale au diesel,avec le prix que c est pour l amener jusque la-bas(n.b.20 000 litres de fuel brule par mois!)et la pollution engendree.De toute facon elle tombe regulierement en panne.

Tout les villages alentours redoutent Mashkeh,car ce grand oasis est tiraille entre plusieurs chefs de tribus qui se font la gueguerre par milices interposees.Mais le coin est aussi repute pour sa luxuriance.Des centaines de varietes differentes de dattes poussent la-bas.
Pas d endroits ou dormir,et personne qui me croit lorsque je dis que je suis "touriste".Finalement je suis invite a dormir a la garnison de la police,situation un peu ambigue,puisqu il m a semble que c etait plus pour mieux controler mes faits et gestes que pour m aider.
Mais des le lendemain je rencontre des gens plus ouverts et fait le tour de quelques villages de l oasis.Au moment ou j annonce vouloir partir,certain me supplient presque de rester quelques jours encore.Le genre d endroit on l accueille aussi mal le depart que l arrivee!

Apres 15 heures de bus j arrive a Turbat.Il est quattre heure du matin et je suis litteralement ereinte.Le bus etais plein: parfois trois personnes par double siege,ainsi que des passagers sur le couloir,assis sur deux etages de bagages en tout genres,sacs de grains,nippes,fruits pourissants.Sur le toit aussi,pas un centimetre carre qui n ait ete occupe par des ballots,entre lesquels...d autres passagers encore.
Je dors un peu sur mon sac,allonge sur un etalage de bazar,en attendant que se leve le premier jour du printemps et que je puisse telephoner au contact qu on m a indique a Panjgur.Il fait chaud.

Turbat est sans interet,aussi le lendemain,c est-a-dire aujourd'hui,je prends un pick-up pour Gwadar et l Ocean.
On construit a pas d escargots une route entre Gwadar et Turbat.Les ingenieurs sont chinois mais les travaileurs Baloutches,et ca irait plus vite si c etait le contraire.Recemment trois de ces chinois ont ete assasine,ce qui doit etre considere comme une forme de sabotage ou l expression d un mecontentement, et depuis des dizaines de barbouzes sont postes sur les collines alentours et patrouillent mitraillette au poing,sur la piste et la route.Il y a aussi des check-point de police.A l un d eux,on m a fouille,compte mon cash,pris legerement a l ecart.Le gros flic degoulinant de sueur voulait voir mon garde du corps,une autorisation du gouvernement... J ai pas.Et je suis autorise (verbalement) a voyager dans la region par le gouvernement du Baloutchistan a Quetta.Que je lui dis.Je comprend rien a l anglais du chef,un de ses auxiliaires "traduis":"He wants a sweet"-"Pardon me?"-"He wants a sweet for his mouth."La je commence a flipper,a chercher comment leur echapper au cas ou... Mais c est juste de l argent qu il veut,un bakshish.L auxiliaire:"100 roupees"Le chef:"no,dollar!"
Qu ils sont maladroits! Je leur dis non tout court,haussant le ton(j ai bien compris qu ils essayaient de faire repartir le pick-up sans moi),et que si je leur donnais le moindre rond j enfreidrais la loi.Il ne trouvent rien a redire,ca doit etre la premiere fois qu on leur apprend la loi.Et me laissent repartir(ils m auront quand meme emmerde 10 bonnes minutes)et faire les deux ou trois cent kilometres qui restent jusqu a Gwadar.

A+
Bises iodees
Adrien

6 mars 2006

L'Asie,enfin?

Depuis hier a Quetta,Pakistan.
Je suis arrive hier apres-midi,au bout du troisieme jours de train.
Au total,56 heures..et quelques surprises. n.b.le bus prend une douzaine d heures.
Le train fait generalement du 20-30 kil/h,avec de rares pointes a 60.Un peu escargot,mais pratique pour ecrire,dormir,ou regarder par la fenetre:il y a peu de secousses.
A Zahedan,la police a voulu me coller aux talons une escorte armee jusqu a la gare ou jusqu a la frontiere.J y ai finalement echappe,en insisistant beaucoup.
Il n y avait qu un autre etranger a bord du train,un touriste allemand qui allait rejoindre sa copine etats-unienne a Islamabad.Pas mal de policiers,en civil ou en uniforme,et quelques passagers pashtouns ou baloutchs.
Une ou deux heures apres Zahedan,mirjave-Taftan,la frontiere.Passer avec mon visa perime n a pas ete facile.Les douaniers Iraniens sont parfois presque aussi pointilleux que les Suisses,et celui-ci voulait me faire retourner a Zahedan prolonger mon visa avant de revenir...mais dans ce cas,le voyage en train s arretait la.Il a fallu pas mal de diplomatie pour les faire plier.Finalement,en parlant au chef au telephone(c est bien la premiere fois qu en Iran je vois un probleme regle par telephone!),nous avons trouve un "compromis":Il m a fait promettre de ne plus remettre les pieds en Iran,ou alors avec un nouveau passeport,"otherwise i'll break your nose".
Il me fallut rester a l abris quelques minutes dans la piteuse douanne pakistanaise,a cause d une tornade de sable.En fait,ce desert n est majoritairement pas un desert de sable,plutot de roche et de caillasse,mais dans l air et sur le sol,il y a une poussiere tres fine qui s infiltre partout,et quand le vent tourbillone,c est pas la joie...

Le premier soir,nous passons la nuit (dans le train) devant la gare de Dalbandin,un petit fort anglais au milieu d un village baloutche tres isole.Il y des dunes de sable(du vrai,cette fois) qui se sont formees plus avant sur les rails.Les ouvriers,des patres baloutches,prennent la matinee et plus a deblayer la voie.J en profite pour aller faire un tour dans le village et voir a quoi ressemble un le Baloutchistan rural.On me met en garde:Non,il ne faut pas y aller,les gens sont mechants,etc... C est le jugement de l ignorance,et je l ai deja entendu tant de fois...
De fait,les locaux sont d une grande gentillesse.Ils n ont pas du voir d etranger depuis l independance, et pourtant,aucun curiosite deplacee,mais au contraire,une courtoisie un peu reservee.Le bazaar,c est la rue centrale(a peu pres la seule du village),bourree de maisons de the,d echoppes garnies,de camions sur-decores,et de pleins de gens (hommes uniquement, pas de femmes)comme surgis d un passe indetermine.On m offre le the.
Lorsqu on voyage comme je le fais,on devient sensible aux details,aux petites differences d une region a l autre. La facon de boire le the est une vrai revolution qui demande un temps d adaptation dans ces cas-la.Elle est,et c est remarquable,homogene au plan national(pas de differences a l interieur d un pays), mais change beaucoup de Turquie en Iran et d Iran au Pakistan.La Turquie est le premier pays, en venant d Europe, ou le the est si populaire,ou on ne coupe pas a au moins trois ou quattre verres par jour.Il se boit dans de fines soucoupes echancrees,et l on ajoute un ou deux carres de sucre que l on dissout et melange evec une petite cuillere.Pratique car facile a doser.En Iran,c est le choc:plus de tintement de cuillere,ni de petites doses:On sert le the avec une theiere pleine,et des morceaux de sucres irreguliers a cote.Il faut glisser un morceau dans la bouche et ensuite boire une gorgee.Un morceau de sucre peut ainsi servir pour plusieurs gorgees.
J avais fini par m y habituer,et meme apprecier.Mais avec le sous-continent cela change de nouveau.Ici,on ajoute du sucre et du lait avant meme que l eau bout.Pas le choix.Mais c est bon aussi.J aime deja.

Le deuxieme soir,on s arrete a nouveau pour la nuit:Un train de marchandise a ete touche par des tirs de roquette quelques dizaines de kilometres en avant:ca aurait du etre nous...merci au sable qui nous a retarde!C etait un train de marchandise,un soldat du train a ete blesse lorsque les rebelles ont commence a canarder au fusil-mitrailleur(z'avaient plus de munitions pour le bazooka?).

Le lendemain matin,en entrant dans le defile montagneux ou a eu lieu l attaque,les policiers sont un peu tendus,evidemment.Moi je me dis que les rebelles ont fait leur sabotage du mois,ou de la semaine,et qu on est probablement tranquille pour quelques jours.C est logique?
En tout les cas ils n ont pas recicidive pour l instant.J etais peut-etre statisticien dans une autre vie...

Entre l Iran et le Pakistan,il n y a pas que le the comme difference.C est un petit choc,le sous-continent s impose avec sa persuasion passive.Avec cette sorte de deliquecence,de debut de pourriture qui se trouve un peu dans chaque chose ici.
La poussiere(des tonnes),les enluminures des bus bondes,la puanteur sournoise du djou(egout a ciel ouvert,comme en Iran mais la-bas c est parfois des rivieres limpides,ici toujours des depotoirs), la nourriture trop epicee,et bien d autre chose rappelle avec une legere violence que l on est dans une autre region du monde.
J ai l impression que c est enfin l Asie.Enfin,parce que tant de fois j ai cru y etre arrive et tant de fois elle m a echappe des mains.
Sarajevo est une ville orientale en plein Occident, tandis qu Istanbul est plutot une vile d Europe en Asie.A sa maniere,Teheran allie les deux notions.La Turquie n est pas l Europe,definitivement.Mais j ai un peu dechante apres m etre cru "en Orient".Non, ca n y etait pas encore.Il y a bien eu des moments d Asie assez francs,a Urfa par exemple, mais il convient mieux d appeler ca "Moyen-Orient"
L Iran par certains aspects est encore plus europeen que la Turquie.L Iran est un cas a part.Un inclassable.L Iran c est l Iran,voila tout.
A Quetta,on sent de grandes vagues d Asie Centrale qui viennent d Afghanistan ou du "Pashtounistan" pakistanais.Asie Centrale,Sous-continent indien,j arrive a cerner ceux-la.Mais l Orient,l Asie?Ces termes sont-ils pertinents,en fin de compte?L Asie geographique est definie,et a peu de sens sur le terrain.
Peut-etre faut-il admettre que l Orient en tant que tel n existe pas , mais qu il est une idee,une image,un esprit rarement pure, rarement seul,qui opere avec plus ou moins de force sa magie dans cet hemisphere.

Salut a tous
Adrien

2 mars 2006

Un melange (d)etonnant

Salut a tous.

Aujourd'hui,dernier jour en Iran.J aurais des tonnes de choses a ecrire sur ce pays sans pareil.Sur ces gens,sur la politique,et surtout sur les paradoxes qui constituent l ossature de la societe iranienne.Mais je suis un peu las et je dois encore aller faire des provisions de vivres pour le voyage de demain...je vais donc essayer de faire court pour une fois ;)

Finalement ca n etait pas impossible d'"attendre" jusqu a maintenant.J ai rencontre une famille tres sympa qui m a invite a manger plusieurs fois cette cuisine iranienne qui me manque deja,et avec le fils d une vingtaine d annee,Yasser, je suis alle dans quelques coins sympas dans les environs de Kerman.
Je suis alle a Mahan,voir le mausolee d un ancien maitre derviche et un jardin du plus pur style perse au milieu de rien.Avec Yasser,son frere et un pote,nous sommes alle dans le verger familial a Joopar,profiter d une journee bucolique avec soupe et riz sur un feu qui ne voulait pas prendre,qalyun(nargile) et nan frais,du sangak en plus.Il y a de nombreuses sortes de nan en Iran,le lavash du petit-dejeuner qui seche tres vite et qui est un peu elastique,le taftun qui fleure bon la farine,le nun-e-rohani assez gras,et bien d autres encore,mais aucun n egal le sangak,le roi des nan,le prefere des enfants,cuit sur un lit de gravier.
Le dernir jour de mon sejour a Kerman je suis alle a Rayen,ou se trouve une citadelle qui etait en quelque sorte la petite soeur de Bam.L'Arg-e-Rayen(citadelle de Rayen) est cosie,pas encore trop restauree(En Iran,on a la facheuse manie de renover outrageusement les vestiges du passe...c est insupportable),et donne un idee du "style" de Bam,meme si elle est 4 ou 5 fois plus petite.
Bam,justement,fut ma destination suivante.L' argh-et-bam!, pardon,l'Arg-e-Bam, reste impressionante malgre la puissance du cataclysme.Des murs de trois metres d epaisseur ont ete instantanement reduis en poudre.Oui,sans rire,c est devenu une fine poudre,des grains de moins d un millimetre de diametre!!!Voila ce qui reste de l enceinte exterieure,un trainee de sable brun,conique,de quelques metres de hauteur.Mais des pans de murs subsistent ca et la,notamment sur le piton rocheux qui se trouve au centre de l Arg,maintenant lui aussi sous des tonnes de poussiere.
Il n en reste pas moins que j ai prefere Bam a Rayen,et que cette desolation post-catastrophique qui se degage des moignons de murs de la vieille ville a une certaine beaute tragique.Et me fait rever d un monde "post-touristique"...
Bam etait autrefois toute de brique et de terre,mais desormais,frappes par un traumatisme "des maisons de torchis",les habitants ont mis les anciennes techniques aux oubliettes et reconstruisent avec des centaines de litres de beton,de poutres metalliques,de finition a la peinture chimique,au plastic.Et ils le font avec une frenesie que je n ai vu egalee qu en Chine jusqu a present.Non,Bam ne sera jamais plus comme avant.ILs y a une part de l esprit de la ville qui s est definitivement envolee en decembre 2003.Reste la mer de palmiers dattiers.
J a passe mes trois nuits la-bas chez Akbar,un ancien prof d anglais qui tenait une guesthouse pour voyageur detruite,bien sur, lors du tremblement de terre.Mais il est de ceux que meme cela n abat pas et il a commence il y a dix jours la construction de sa nouvelle guesthouse,plus grande,avec,chose inhabituelle husqu'il y a deux ans,des fondations!!!Dix hommes y sont employes,a 8 euros...la journee.
Rien que pour sentir la resignation d Akbar et se marrer avec lui,il faut aller a Bam(Eh oui je fais de la pub,mais il en a besoin!)

Depuis hier je suis a Zahedan.C'a ete l horreur pour trouver une mosaferkhine qui m accepte,vu que je ne suis ni Iranien,ni Baloutche,ni Afghan.Et puis les hotels pas chers sont pleins toute l annee de trafiquants en tout genre.Zahedan est la capitale du traffic d opium en Iran,mais il n y a pas que ca,ici tout le monde a son petit traffic:de textile du Pakistan,de cigarettes,parfois meme de fruits et legumes!
La ville n est pas plus dangereuse que ca.L opium de toute facon est omnipresent en Iran.J ai vu des gens en consommer devant moi:dans de nombreuses familles,les hommes en fument regulierement a partir de 50 ans environ.Sous le shah,une loi autorisait meme sa consommation a partir de cet age-la!Et meme si la loi n existe plus depus belle lurette,ca n empeche pas les gens de continuer a faire comme si.Je repense a ce que m avais dit un Kurde de Dogubeyazit qui etait alle plusieurs fois en Iran:"La republique islamique, c est sur le papier,mais en realite...Du vent!" Mouais...je ne serais pas aussi categorique,mais c est vrai que beaucoup de foyers se distillent tranquilou leur tord-boyau,se fournissent l opium pour pepe,et les filles de familles riches de Teheran qui se font un mec different chaque jeudi ou vendredi soir...
J ai quelques fois parle avec ces grands-peres opiomanes.Aparemment l opium ca rend surtout ridicule.Ils me disaient qu ils se sentaient "hyper forts",apres,mais en fait ils etaient lents comme des moules anemiques,et pas bien vigoureux.Enfin,ils ont leurs raisons,une maladie douloureuse dont ils savent bien qu elle finira par les avoir, ou simplement une envie de passer leur retraite confits dans les reves du pavot... et cette odeur caracteristique de plastic brule!!

Le bazar de Zahedan est informe,totalement anarchique et vraiment cool!
J ai croise des Afghans a la barbe blanchie et ondulee(le pere noel n a qu a bien se tenir!),ou bien teinte en roux,des sunnites qui ressemblent a Oussama,et des je-ne-sais-d'ou tres impressionants:par exemple,barbe jusqu a la ceinture,grise,fourchue,sous des binocles du siecle passe...J en passe,et des meilleurs.
Bref ici c est une sorte de Baloutcho-irano-pakistano-afghanistan...un melange (d)etonnant.
Mange des brochettes de foie cuites a meme le sol,ce qui eclaire un peu la nuit,accroupi dans la rue entre d autres specimens.Les baloutchis ont l air assez blagueurs.Je passe incognito avec ma tete dans ce melting-pot(Ca fait moi aussi un petit moment que je ne me suis pas rase...),et c est bien marrant!Je dis que je suis turc,ou bien que mon pere est Iranien,ca vaut mieux par ici.

A plus a Quetta...

Khoda hafez

Adrien

23 février 2006

El desierto...


"[...]de fuir dans un desert
L approche des humains." Alceste


Pourtant,je ne fuis pas,et encore moins les humains.

Je suis a Kerman.Depuis le Sud(Bandar),je suis monte a Yazd et y ai passe quelques jours avant d arriver ici.

Je ne suis donc plus tres loin du Pakistan.D ici la, la distance n est pas enorme de meme que les haltes possibles.En effet ici commence le desert du Lout,qui en ete peut atteindre 68 degres parait-il.Il y a Bam,a mi-chemin entre Kerman et la frontiere, mais quand je vois les photos avant/apres (le tremblement de terre de decembre 2003),c est tellement deprimant que je ne suis pas sur d y aller.Il y a quelques endroits sympas autour de Kerman,ville qui ne presente pas un tres grand interet,et qui plus est porte du Balouchistan,region d intense traffic d opium,mais pas plus risquee que ca outre mesure,a part d episodiques enlevements.
Mais alors pourquoi suis-je encore la? Eh bien...c est que si j arrive a glander encore un peu,je pourrai peut-etre attraper le train Zahedan(Iran)-Quetta(Pakistan).Il passe deux fois par mois,et le prochain tombe le 2 mars...s il n a pas de retard.Bien sur il y a des bus reguliers qui traverse cette etendue desertique.Mais ce train a l air genial..il prend de un a trois jours,suivant le nombre de fois ou il faut deblayer la voie recouverte par une dune.On ne sait pas quand on arrive,et on doit vraiment etre hors du temps et de l espace...
Enfin voila je reve de ce train,mais malgre tout,ca sera dur de tenir dans ce coin d Iran jusque la,il n y a pas grand chose a faire,et meme pas grand chose tout court...on verra(reponse au prochain post je pense).
Vous avez remarque que le seul luxe que je me permet c est la lenteur - on ne mesure pas la valeur de ce luxe-la.Qui,quel qu'il soit,arrive encore a se l offrir??Le vrai luxe ca n est pas l espace,suis-je tente de dire,le vrai luxe c est de prendre son temps! Mais il y a une differnce entre prendre son temps et faire expres d en perdre.J en fais l experience actuellement.

J ai trouve une bonne excuse,aujourd'hui,pour ne pas faire grand-chose:il pleut.Non,il neige meme!!!Assez incroyable...mais c est vrai que nous sommes a plus de 1700 metres d altitude.
La majeure partie de l Iran est tres montagneuse,et aussi semi-desertique qu ici.Je ne vois pas de tres grands changements entre le "desert"des environs de Kerman et la plupart des paysages traverses dans ce pays,mis a part que le sable se substitue a la roche ca et la.Mais patience,le Lut est bien un desert,et je n y suis pas encore entre.
Il n empeche,le sud(Bandar etc) et le sud-est(ici) sont plus chauds que le reste.L architecture(celle des parties anciennes des villes surtout) s en ressent.A Bandar,j ai commence a voir des badgir, des tours qui captent la moindre brise et la conduis a l interieur de la maison.Simplissime,mais tres ingenieux!Et fichtrement efficace.Ils sont encore utilises aujourd'hui.En revanche,les ab anbar et yakh anbar sont souvent laisses en ruine.Ce sont d enormes reservoir a eau ou a glace,coiffes d un large dome de terre cuite,qui conserve le contenu a des temperatures eventuellement sous zero,tout au long de l annee.Autre geniale invention,plus presente au Sud-Est qu au Sud, les qanat, des caneaux souterrains qui apportent l eau d oasis ou sources sur des kilometres,jusqu aux villes.

Yazd est une ville magnifique.Et elle devait etre encore plus etonnante il y a cinquante ans,bien avant l arrivee du tourisme.Car c est une des villes les plus touristiques d Iran,et meme lorsqu il n y a pas de touristes,il y a les infrastructures,il y a les prix gonfles,et les "My friend,my friend" des marchands de tapis et autres arnaqueurs(quoique que ceux-ci n ait aucune commune mesure avec la Turquie ou meme Ispahan,tant pour leur nombre que leur insistance:ici il comprennent "non" commme une reponse).Mais elle a un charme que meme le tourisme n a pas encore trop entame.

La vieille ville,qui est relativement etendue,est un labyrinthe de mur de torchis,surmonte d une foret de badgir et de toits plats semes de douces coupoles.Le tout dans les tons de terre,puisque ne sont utilises que la boue,des briques de terre cuite,du torchis et du bois.Des segments de troncs de palmier servent parfois a consolider l interieur des murs.A la mort du jour les batiments vibrent d une belle lumiere apocalyptique.
Dissemines dans la vieille ville,des maisons de l epoque Qajar,des remparts de boue sechee,et quelques batiments qui arborent le superbe bleu perse,dont la mosquee du vendredi et le fameux Amir Chaqmaq.(Ce serait evidemment bien mieux si je pouvais vous montrer mes photos mais elles dorment dans leurs films, et je ne sais quand elles seront devellopees,d autant plus que j ai utilise des films diapositive cette fois,meilleurs pour la couleur mais pas possible a developper ici)

Le bazar est petit compare a celui de Tabriz,Teheran,Ispahan ou Shiraz,mais on y trouve les meilleures shirini(sucreries) du pays,rien a voir avec les ecoeurantes patisseries arabes.

C est un plaisir a chaque fois renouvele que de se perdre entre les murs de terre,sur les chemins de terre,sous un bienveillant soleil(malheureusement souvent voile lorsque j y etais)qui chauffe la terre.
Un jour,j ai frappe a une grosse porte en bois brut patinee par les ans(du genre que t adores,papa),parce que je trouvais la maison prometteuse,avec de hauts badgirs d ou depasse comme toujours les perches d orme ou de chene qui les structurent.Et c est ainsi que j ai rencontre un des plus brillants joueurs de tar d Iran.Malgre son jeune age il jouait mais aussi chantait et meme construisait tars,sitars et sazs kurdes.La demeure qu il louait,partiellement occupee par son atelier,partiellement inhabitee voire en ruine,etait une grande maison Qajar a cour interieure et de nombreuses pieces annexes,pleines d astuces pour garder des temperatures vivables en toute saison.

C est ca,Yazd.Pas si grande mais au possibilites infinies.

Beaucoup,beaucoup de hijab(tchador noir complet):c est une ville assez conservatrice.Mais en ce sens tres comparable a Konya:l universite,renommee,donne a la ville une forte population jeune,qui elle est tres ouverte.Un paradoxe interessant,tant qu il n entre pas en conflit... Je me souviens que losque je suis arrive la-bas,de nuit,tandis que je marchais vers une mosaferkhune(guesthouse) avec mon sac sur le dos,un groupe de jeunes filles pouffait a mon passage,et l une me lanca meme un "hey baby I love you!".C etait touchant et amusant.Fait interessant,elles sortaient de la mosquee!!!Je me suis dit alors que cette ville etait moins provinciale que je n imaginais...c etait a moitie vrai.

Yazd,j ai failli y rester.Au sens litteral d abord,au sens figure ensuite.
Au sens litteral parce que j avais trouve un hotel parfait,tres agreable et pour un prix derisoir(2,50euros la nuit).Superbement restauree,cette ancienne maison traditionnelle avait l avantage d une cour interieure calme et temperee,ou je m offrais de vrais petit-dejeuners.Et plus encore,parce j avais rencontre la-bas une fille qui s annoncait etre une perle(Je suis desole de revenir la-dessus,il n y a pas que ca bien sur,mais pour un homme qui voyage en Iran,c est impossible d occulter le sujet).Pour simplifier,cette etudiante en medecine qui portait un nom de fleur perse semblait avoir toutes les qualites d une Iranienne,plus celles que les Iraniennes n ont pas.En la voyant marcher a cote de moi,je lui ai demande ma direction a elle plutot qu a tel ou tel barbu.Et ainsi de suite,laisser l alchimie se faire-ou ne pas se faire-,la laisser donner un tour agreable et naturel,sans trop penser au lendemain...
J etais conforte dans l idee que cela n etait pas trop risque par le fait qu il y avait eu un precedent-a Shiraz-,une fille rencontree au mausolee de Hafez(comme c est romantiiiique!),que j embrassai le jour suivant dans un parc.Ce qui aurait pu me valoir pas mal de coups de fouet,je crois.J avais surtout remarque a quel point c etait exceptionnel-imaginez-vous que la plupart des filles ici n ont jamais donne la main a un autre homme que leur pere,leur oncle,leur frere ou leur mari.C est tout!-.Du coup,et c est un peu decourageant,il faut tout leur apprendre...depuis le point zero.(jusqu au point G?pas vraiment.)
Cette fois-ci,j avais plus de temps,et nous commencions a construire quelque chose de grand.Le courant passait vraiment,et ca se voyait a son regard et a sa voix assuree et honnete qu elle n etait pas trop du genre timoree.Calmement,nous construisions quelque chose de bien plus puissant que l amusement de Shiraz.Ca l etait deja sans plaisir charnel,dans les regards,la discussion,la serenite partagee.
Le lendemain de l avoir rencontre,elle me retrouva dans la cour de ma pension.Je pensais l endroit sur... Nous discutions calmement,sans arrieres-pensees(ou presque),en sirotant du the,depuis une petite heure,lorsque je sentis que deux ombres sinistres nous avaient reperees.Elles s eloignerent,puis revinrent et l un des deux barbu fit un signe que je ne vis meme pas,mais que Elle vit,et elle s excusa aupres de moi,incredule et pantelant,craignant d avoir ete pris sur le fait(mais sur le fait de quoi,au juste?!?!)par des pasdarans,les terribles "gardiens de la revolution".Je les entendit(et compris partiellement)la questionner,juste derriere le mur.Elle repondait d une voix lasse,presque exasperee,tandis que je me mordais les doigts.Je n ai pas intervenu,estimant que cela valait mieux pour elle autant que pour moi.Ils l ont laisse partir,et elhamdulillah sans punition.Elle prit quand meme le temps de revenir me dire au revoir et alors que j essayais confusement de m excuser,elle me dit juste:"C est l Iran..."

J appris plus tard du patron de l hotel,que je soupconnais etre un delateur(mais il n en etait rien,j en eu la preuve plus tard),qui s excusa,que c etait la "polis-e-turist"(j ai pas besoin de traduire,la?),et qu il venaient inspecter les hotels...chaque heure!!!J appris egalement que legalement,seuls les Iraniens pourvu d une carte de guide touristique de la republique islamique,peuvent parler a des etrangers...en theorie donc un chauffeur de taxi ou un marchand de bazaar n ont pas le droit de ma parler!Aberrant.

Je me consolai en me disant que j avais peut-etre echappe au marriage.

Le jour suivant je fis une escapade a Abarqu,un village au Sud de Yazd,dans le desert eponyme.Les habitants,"un peuple fier"dirait-on,semblaient habitues aux vent opaque qui faisait des tourbillons de sable sur les chemins.
C etait un vendredi,conge donc,et les superbes maisons tricentennaires aux badgirs geants et etages,etaient fermees au visiteurs potentiels.Pas decourage,je grimpai sur le toit d un batiment mi-en construction,mi-en ruine(c est solide),sachant bien que les toits sont plats,presque tous a la meme hauteur,et contigus.Quel delice que de voir le hameau d en-haut,et de choisir les meilleures angles pour fixer sur pellicule ces badgirs celestes!Je naviguai sur les toits alentours en prenant soin d eviter scrupuleusement d approcher des maisons habitees,puisque je pourrais m attirer l ire des habitants qui ont souvent une cour interieure a ciel ouvert.
Et pourtant, ca ne suffit pas,je l appris plus tard de facon cuisante.Dans le lointain,un vieux sur un chemin me vit.Je le vis,ne me cachai pas.

Vingt bonnes minutes plus tard,me voila en train de considerer un cypres millenaire et de lui tirer le portrait,lorsqu un type mal rase,pas bien gros,m aborde l air de rien.Je reponds a ses questions autant que mon farsi me le permet,sans m interrompre dans ma contemplation.Il m invite chez lui,mais ta'arof oblige(je vous expliquerai une autre fois ce que c est),je refuse poliment...et de toute facon je n ai pas beaucoup de temps,il me faut aussi retourner a Yazd qui n est pas tout pres.Le type sans va,je reste avec l arbre.Je suis encore la lorsqu il revient avec deux acolytes sur une mobylette.Il me retrouve,et cette fois-ci se fait plus insistant.Je flaire du roussi.Il abandonne encore,et je pense a me mettre en route.Mais le voila qui soudain me prend par la nuque,"bia!"(viens).Je me degage,range mon appareil,et tente de comprendre.Mais je ne trouve pas de logique.Je lui demande,puis lui crie pour attirer l attention d autres gens,"Tchi mikhai?!"(qu est ce que vous voulez),mais il me regarde juste avec un air de boeuf enerve.Il n y a presque personne alentour,sauf une famille qui picnique.Je choisis la fuite,le 36 eme stratageme et le plus sage,mais elle n est pas aisee:je suis loin de tout,et il aura tot fait de me rattraper.Je cours vers la famille,mais au lieu de s interposer,le pere me dit sechement de m en aller.Il s est bien leve et a esquisse un geste,mais s est ravise.Le dingue lui a juste dit quelques mots,alors que je criais,en anglais cette fois pour etre plus credible,que j etais touriste, et qui etait ce mec?J ai compris deux mots,"mardum",et"aks",respectivement,Les gens et photo,qui m ont mis sur la voie.Le vieux d avant a peut-etre prevenu ce type,lui disant que quelqu un prenait des photos sur les toits,et cet autre est venu jusque-la pour me retrouver et accomplir sa vengeance d un acte que je n ai pas commis,comme prendre en photo sa femme ou sa fille.
Je fuis vers le ville,je prends mes jambes a mon cou,mais les salopards me coincent avec leur motos,et il tente de me filer des coups.Ce type veut ma peau! Ils sont moins agiles avec leur engins,et l issu reste totalement incertaine.Je continue de crier,tandis que ce ne sont plus une mais quattre mobylettes qui zigzaguent pres de moi.
Soudain je m apercois que deux d entre elles n ont rien a voir avec le dingue,ce sont des jeunes qui viennent juste voir la distraction de plus pres,et ils n ont pas l air de saisir grand-chose.L un me dit de sauter sur sa becane, et nous fuions,"kodja miri?"-"vers les [taxis collectifs] pour Yazd".
Je m en sort indemne,presque sans bleus,mais choque.Le roofclimbing c est un sport dangereux par ici.Je retiendrai la lecon.

Devenu quelque peu malsaine pour moi,bien que toujours accueillante,je quitte Yazd dans les jours suivant.J en garderai malgre tout de tres bons souvenirs.
Je crois que je suis reste cinq jours la-bas.J ai aussi fait un jour un escapade vers Chak-chak,le lieu sacre des Zoroastriens,les pratiquants de la religion monotheiste de l empire perse,il y a 9 siecles.Pour cela on traverse le vrai desert,avant d arriver a un temple niche dans le creux du montagne qui se dresse comme un champignon solitaire et au pied de laquelle goutte une source sacree qui fait "chak""chak" et nourrit un platane solitaire.Sur la route des arrets s impose au village de Kharanaq,une sorte de Hassankeyf iranien,et Meybod/Ardakan ou je goute aux delicieux kebabs de dromadaire.
De grandes portions de la route sont en plein desert de sable,qui bouche la vue lorsqu'il occupe l air.Ca aussi c est le desert,le vrai... Un petit frere du Lout a qui je vais bientot dire bonjour....

A bientot et bonne vacances pour les universitaires!!

Bisous
Adrien